📖 Ces fautes de français qui me font bondir


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Ces fautes de français qui me font bondir… et que l’on entend partout

À la tĂ©lĂ©vision, sur les rĂ©seaux sociaux, dans la presse en ligne… La langue de MoliĂšre est malmenĂ©e chaque jour. Je ne peux plus me taire.

Je l’avoue : je suis peut-ĂȘtre un peu trop sensible Ă  ce genre de choses. Mais quand j’entends un journaliste sur une grande chaĂźne nationale commettre des erreurs Ă©lĂ©mentaires de grammaire ou de sens, quand je lis sur les rĂ©seaux sociaux des formulations qui feraient rougir nos instituteurs d’autrefois, quelque chose en moi se rĂ©volte. La langue française est belle, prĂ©cise, riche. Elle mĂ©rite mieux que cette nĂ©gligence gĂ©nĂ©ralisĂ©e.

Voici quelques-unes des fautes qui m’agacent le plus, avec les explications pour comprendre pourquoi elles sont fausses, et surtout comment les Ă©viter.

1. « Un gùteau gourmand »

Celle-lĂ , on la voit partout : sur les cartes de restaurants, dans les publicitĂ©s, sur les plateaux de tĂ©lĂ© consacrĂ©s Ă  la cuisine. « Un gĂąteau gourmand », « une tarte gourmande », « un dessert gourmand »… Cela sonne bien, c’est accrocheur. Mais c’est une faute de sens.

Faux : Un gĂąteau gourmand.
Correct : Un gĂąteau savoureux. / Un gĂąteau pour les gourmands.

L’adjectif « gourmand » qualifie une personne ou un animal qui aime manger avec excĂšs. Un gĂąteau, lui, ne mange rien. Il ne peut donc pas ĂȘtre gourmand. On dira plutĂŽt : savoureux, gĂ©nĂ©reux, dĂ©licat, riche, ou tout simplement « un gĂąteau digne des gourmands ».

Cette erreur sĂ©mantique est symptomatique d’une Ă©poque oĂč l’on prĂ©fĂšre ce qui sonne bien Ă  ce qui est juste. Le marketing a gagnĂ©, la grammaire a perdu.

2. « Un toilette »

VoilĂ  une faute de genre qui revient souvent Ă  l’oral, y compris chez des personnes cultivĂ©es. « Un toilette », « le toilette »… Non. Mille fois non.

Faux : Un toilette. / Le toilette.
Correct : Une toilette. / Les toilettes.

Le mot « toilette » est toujours féminin. « Faire sa toilette » (se laver) est féminin singulier. « Les toilettes » (le lieu, le cabinet) est féminin pluriel. On ne dit jamais « un toilette ».

3. « Au jour d’aujourd’hui »

Celle-ci est un vĂ©ritable classique, que l’on entend quotidiennement sur les plateaux de tĂ©lĂ©, dans les dĂ©bats politiques, dans les discours officiels. Des personnalitĂ©s publiques l’utilisent avec une assurance dĂ©concertante.

Faux : Au jour d'aujourd'hui...
Correct : Aujourd'hui... / À l'heure actuelle...

C’est un plĂ©onasme, c’est-Ă -dire une rĂ©pĂ©tition inutile. « Aujourd’hui » signifie littĂ©ralement « au jour de ce jour » (hui = ce jour, en vieux français). Ajouter « au jour de » devant constitue une triple redondance absurde.

« Au jour d’aujourd’hui, la situation est prĂ©occupante… » — phrase entendue mot pour mot sur un grand journal tĂ©lĂ©visĂ© national. J’ai failli Ă©teindre mon poste.

4. « Pallier à un problÚme »

Voilà une faute discrÚte, mais trÚs répandue dans les milieux professionnels et dans les médias. Le verbe « pallier » est transitif direct : il se construit sans préposition.

Faux : Pallier Ă  ce problĂšme.
Correct : Pallier ce problĂšme.

On pallie quelque chose directement, sans prĂ©position. La confusion vient probablement de « remĂ©dier à », qui se construit avec « à ». Ce sont deux verbes diffĂ©rents, et ils ne se construisent pas de la mĂȘme façon.

5. « MalgrĂ© que » suivi de l’indicatif

Sur les rĂ©seaux sociaux, dans les commentaires, dans certains articles de presse… « malgrĂ© que » est trĂšs utilisĂ©, mais presque toujours mal construit.

Faux : Malgré qu'il est fatigué, il a continué.
Correct : Bien qu'il soit fatigué, il a continué.

« MalgrĂ© que » exige le subjonctif, pas l’indicatif. Mais de nombreux grammairiens dĂ©conseillent mĂȘme « malgrĂ© que » et lui prĂ©fĂšrent « bien que » ou « quoique », bien plus Ă©lĂ©gants et incontestables.

6. « S’avĂ©rer ĂȘtre vrai »

Encore une faute courante dans les mĂ©dias. On entend souvent « cela s’avĂšre ĂȘtre vrai » ou « les faits se sont avĂ©rĂ©s exacts ». Ces formulations sont redondantes.

Faux : Cela s'avĂšre ĂȘtre vrai. / Il s'avĂšre ĂȘtre compĂ©tent.
Correct : Cela s'avÚre exact. / Il s'avÚre compétent.

« S’avĂ©rer » signifie dĂ©jĂ  « se rĂ©vĂ©ler vrai ». Dire « s’avĂ©rer ĂȘtre vrai » est donc un plĂ©onasme. Le verbe se construit directement avec un adjectif attribut, sans « ĂȘtre » intermĂ©diaire.

7. L’accord du participe passĂ© avec « avoir »

À l’Ă©crit, sur les rĂ©seaux sociaux, cette rĂšgle fondamentale est trĂšs souvent ignorĂ©e. Pourtant, elle fait partie du programme de l’Ă©cole primaire.

Faux : Les erreurs que j'ai entendu à la télé.
Correct : Les erreurs que j'ai entendues à la télé.

Avec l’auxiliaire « avoir », le participe passĂ© s’accorde avec le complĂ©ment d’objet direct (COD) lorsque celui-ci est placĂ© avant le verbe. Ici, « que » (mis pour « les erreurs », fĂ©minin pluriel) est placĂ© avant le verbe, donc le participe prend un « e » et un « s ».

En conclusion : aimons notre langue

Je ne suis pas un puriste intransigeant. Les langues vivent, Ă©voluent, se transforment. Certains glissements finissent par ĂȘtre intĂ©grĂ©s et acceptĂ©s par l’usage, et c’est ainsi. Mais il y a une diffĂ©rence entre l’Ă©volution naturelle d’une langue et la nĂ©gligence pure et simple.

Ce qui me navre, c’est l’indiffĂ©rence. Quand un journaliste national, un animateur de tĂ©lĂ©vision ou un influenceur suivi par des millions de personnes commet ces erreurs sans sourciller, il les normalise. Les jeunes qui les Ă©coutent croient que c’est ainsi qu’on parle, qu’on Ă©crit. Et le niveau gĂ©nĂ©ral s’effrite un peu plus chaque annĂ©e.

La langue française est un patrimoine. Elle est belle, prĂ©cise, nuancĂ©e. Elle mĂ©rite qu’on la respecte — pas par pĂ©dantisme, mais par amour.

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